Ça se discute

(Rugby News Service) Lundi 24 octobre 2011
 
Ça se discute
Imanol Harinordoquy dans le feu de l'action lors des dernières minutes de la finale.

AUCKLAND, le 24 octobre - Avec seulement 15 points au total sur le tableau d'affichage à la fin du match, la Nouvelle-Zélande et la France ont produit la finale de CdM ayant le plus bas score jamais enregistré, mais aussi le plus serré.

Les statistiques des cinq dernières finales suggéraient que les coups de pieds arrêtés seraient la clé du succès, puisque 84% des points de ces matches ont été inscrits sur des tirs, surtout que les trois buteurs les plus doués du tournoi, à savoir Dimitri Yachvili (90 %), Morgan Parra (80 %) et Piri Weepu (79 %) étaient tous titulaires pour le match.

Cela dit, seuls cinq des 15 points inscrits en finale ont été tapés et qui plus est, par aucun de ces trois buteurs. Au lieu d'une domination des échanges de tirs de pénalité, c'est la conquête gagnée par des coups de pied de dégagement qui a prévalu sur le plan tactique.

Dans une lutte tactique où le score était aussi bas, l'importance de ces coups de pied de dégagement a été bien plus marquée et dictait là où le jeu se déroulait et là où il se perdait ou se gagnait. Sur un total global de 61, deux tirs en particulier ont eu un impact incontestable sur le résultat final.

Le premier tir crucial a été tapé à la 14e minute. Après avoir manqué quatre tirs placés lors de la victoire des All Blacks face à l'Australie en demi-finale, le mauvais rendement de Weepu en termes de tirs s'est prolongé quand il a raté sa première tentative de pénalité en tapant le ballon à gauche des perches dans les cinq premières minutes de jeu, mais c'est bien le dégagement en touche du demi de mêlée depuis ses 10 m vers les 22 adverses qui a vraiment ouvert le match à la 14e minute.

Coup classique

La Nouvelle-Zélande avait déjà tapé le ballon hors de son camp cinq fois dans les 15 premières minutes, mais la sortie en touche de Weepu était la première effectuée suite à une pénalité, donc les All Blacks ont pu bénéficier de ce lancer en touche crucial.

La France avait pu perturber les alignements en touche gallois avec beaucoup de succès en deuxième période de leur demi-finale victorieuse et ont tenté de reproduire cette tactique avec leurs deux meilleurs trouble-fête face au lancer de Keven Mealamu. Mais il s'agissait d'un coup classique des All Blacks, conçu sur le terrain d'entraînement et exécuté à la perfection sur le terrain pour permettre d'inscrire les premiers points de la rencontre.

Kieran Read a sauté pour récupérer le ballon dans le premier porter à l'avant de l'alignement et Imanol Harinordoquy a sauté avec lui, Jerome Kaino a sauté dans le deuxième porté à l'arrière et Julien Bonnaire l'a imité. Mais avec autant de joueurs français engagés pour soutenir ces deux gêneurs réputés, quand Kaino a habilement tapé le ballon en bas devant lui, Tony Woodcock a pu le récupérer et franchir les espaces créés entre les porters sans se faire arrêter dans son élan pour ensuite aller aplatir. « Une brèche s'est tout simplement ouverte », a commenté un Tony Woodcock légèrement étonné.

Les All Blacks ont ouvert la marque sur une action simple mais hautement efficace en touche et Graham Henry ne pouvait retenir sa joie dans la loge des entraîneurs, en donnant à son collègue Steve Hansen une grosse tape dans le dos.

« On s’était gardé celui-là pour la finale, je suis content que ça ait marché » a expliqué Woodcock. « C’est très satisfaisant d’avoir pu le garder jusqu’à aujourd’hui. C’est un gros effort de toute l’équipe. »

Le deuxième tir crucial est arrivé quant à lui à la 63e minute. En effectuant une avance rapide sur la deuxième période, le capitaine du XV de France Thierry Dusautoir a aussi marqué un essai que François Trinh-Duc a transformé, donc le match pouvait prendre n'importe quelle direction car la Nouvelle-Zélande ne menait que sur un score 8-7 avec moins de 20 minutes restant au chrono.

Les Français manquent leur coup

Trinh-Duc a fait son entrée en tant que remplaçant à l'ouverture à la place de Morgan Parra à la 23e minute et même s'il a manqué une tentative de drop à 35 mètres pendant la première période, il a bien dégagé en défense et en attaque, notamment un super coup de pied de dégagement à la limite des 22 m français sur toute la longueur du terrain jusqu'à atteindre les 22 néo-zélandais à la 57e minute.

Les All Blacks ont désamorcé cette offensive avec une touche rapide et un coup de pied de dégagement d'Israel Dagg vers l'avant du terrain, mais une autre chance de placer ses avants menaçants dans le camp néo-zélandais s'est présentée à Trinh-Duc peu après.

Après la récupération en touche de Pascal Papé entre les 22 m et les 10 m français, Ali Williams s'est fait pénaliser pour avoir mis ses mains dans le ruck qui a suivi, et les Bleus ont obtenu la pénalité qui aurait dû leur fournir l'occasion cruciale dont ils avaient besoin pour gagner du terrain dans le camp des All Blacks. 

Cela dit, même avec cet ascendant crucial, Trinh-Duc s'est avéré gourmand, et a cherché à gagner quelques mètres de plus et a raté son tir en touche, ce qui aurait donné à son équipe une touche offensive bien située dans le camp adverse. L'arrière néo-zélandais Israel Dagg s'est fait un plaisir de renvoyer le ballon depuis ses propres 22 m au niveau de la ligne des 10 m français. L'occasion était passée.

Les Néo-Zélandais pouvaient souffler et, fait décisif, n'ont pas eu à se regrouper pour chercher à marquer des points. Au lieu de cela, la pression est revenue immédiatement sur les épaules des Bleus, ce qui a chamboulé les prises de décision et a conduit probablement Trinh-Duc à tenter un tir de pénalité longue distance depuis le camp néo-zélandais quelques minutes plus tard.

Même avec Yachvili sur le terrain, qui avait tapé deux pénalités en toute confiance à 45 m lors du quart de finale remporté face à l'Angleterre, Trinh-Duc a assumé la responsabilité, bien qu'il n'ait réussi qu'une seule pénalité (à 20 m) lors de ses 34 tests précédents. Son tir a raté sa cible de peu et une autre chance venait de passer sous le nez des Bleus de pouvoir remettre la pression sur les All Blacks.

Tirés d'affaire

« Je m'attendais à ce que ça passe. Je pensais déjà à ce qu'il fallait faire pour engranger d'autres points », a déclaré le centre All Black Conrad Smith. « Ensuite, on savait qu'on devait coller à ce qu'on savait faire, quand vous commencez à vous dire que vous avez besoin de miracles, c'est là que vous êtes en difficulté. »

Kieran Read chez les All Blacks et Harinordoquy chez les Bleus ont tous les deux passé un certain temps sur leur banc respectif au cours du tournoi, mais pour la finale, les deux se sont retrouvés face-à-face dès le départ et ont contribué de manière cruciale aux efforts de leur équipe.

Ils ont rivalisé dans les portés en touche à tel point que cette action a conduit au premier essai All Black en première période et tandis qu'aucun d'entre eux n'a mis la main sur le ballon à cette occasion, ces deux sauteurs étaient de loin les forces les plus dominantes en touche, réussissant un total remarquable de 42 % de récupération des ballons dans les alignements à eux deux.

En effet, Henry estimait que Read était si important pour la campagne de CdM 2011 des All Blacks qu'il l'a sélectionné dans le groupe des 30 malgré sa blessure à la cheville et sachant que le numéro 8 ne serait disponible que pour les matches ultérieurs du tournoi.

Il a donné raison à son entraîneur en prenant l'initiative pour le compte de la Nouvelle-Zélande en première période. Occupant une position centrale au milieu du terrain, normalement aux côtés Ma'a Nonu quand les All Blacks étaient en possession du ballon dans le territoire français, Read était le point de référence, portant continuellement le ballon dans les plaquages adverses.

Sa puissance lui a permis de gagner du terrain et bien souvent il a fixé plusieurs défenseurs et fait des passes rapides pour ses joueurs en soutien pour produire du jeu offensif au large. Read s'est également mis en avant en tant que défenseur quand l'effort de défense néo-zélandais se faisait sentir en deuxième mi-temps, en terminant le match avec un nombre de plaquages (15) plus élevé que n'importe quel autre coéquipier All Black.

Incontournable dans les regroupements

Dans le camp des Bleus, Harinordoquy s'est fait appeler du banc des remplaçants en deuxième période lors des deux matches de poule perdus contre la Nouvelle-Zélande et les Tonga, et ces deux matches ont affiché un score bien plus serré après la pause. Il a ensuite été nommé titulaire pour le quart de finale contre l'Angleterre et a empoché au passage la distinction d'homme du match alors que les Bleus venaient de se qualifier pour les demies.

Suivant de plein gré son redoutable capitaine Dusautoir, Harinordoquy était incontournable dans les regroupements du début à la fin pour la France, à la fois sécurisant le ballon et mettant la pression sur le camp adverse, tout en faisant des plaquages contrôlés au sortir des mêlées, notamment un porté de ballon assuré sur une distance de 10 mètres juste après que les All Blacks ont pris l'avantage au score, montrant ainsi clairement les intentions du XV de France.

C'est quand la France est allée chercher les points de la victoire en quart de finale, cependant, qu'Imanol Harinordoquy a clairement répondu présent. En tant qu'annonceur des lancers en touche, il n'hésitait pas à continuer à demander les ballons quand la Nouvelle-Zélande repoussait la France dans son propre camp, sécurisant à chaque fois le ballon qui a aidé la France à reprendre le dessus.  

En 2010, Harinordoquy a joué de manière héroïque lors de la victoire du Biarritz Olympique 18-7 face au Munster en demi-finale de H Cup, malgré son nez cassé. Il a joué avec un masque de protection ce jour-là, mais a néanmoins permis de faire avancer son équipe et c'est l'une de ces qualités qui a permis de pousser les Français dans la défense néo-zélandaise alors qu'ils étaient en quête d'améliorer le score.

Il a été plus percutant dans les rucks, a relevé ses coéquipiers fatigués sur le sol en les tirant par leur maillot et a même essayé, mais en vain, de gratter le ballon avec son pied dans les rucks pour perturber la progression du ballon néo-zélandais jusqu'au bout du match. Dusautoir était sans aucun doute le troisième ligne exceptionnel dans l'équipe, mais allié à son numéro 8, ils ont poussé la France plus loin qu'auparavant.

« Il nous aurait peut-être fallu davantage de 'skills' ce soir », se lamentait le capitaine, avant de trouver un peu de réconfort. « Je suis vraiment fier des gars et de tout ce qu'ils ont donné, je pense qu'on a montré qu'on savait jouer au rugby. »

RNS ct/sdg/rg/gy/dm/bd

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