
AUCKLAND, 24 octobre - Marc Lièvremont n'était pas obligé de tenir une conférence de presse au lendemain de la finale perdue par les Français. Mais il a quand même voulu se présenter une dernière fois devant les journalistes.
Fatigué, visiblement plus ému que tendu, Marc Lièvremont s'est plié une dernière fois à ce que l'on sait ne pas être son exercice favori : la conférence de presse. Tel qu'en lui-même, franc et un peu moqueur, il justifie sa présence par le déchirement que lui cause cette dernière rencontre : « J'ai eu peur que vous ne me manquiez ! Vous n'allez pas beaucoup me voir dans les semaines et les mois qui arrivent. Je vais vous laisser avec les nombreux consultants qui se feront un plaisir de parler de cette équipe de France si minable qui a fait trembler les All Blacks en finale de la Coupe du Monde. »
Assez près du paradis
Le ton est donné. Il s'adresse alors à une partie de son staff présent dans la salle (Didier Retière, Joël Jutge, Julien Deloire et Andy, l'officier de liaison néo-zélandais) dont il raille gentiment les « quatre têtes d'idiots du village » avant de louer « leur amitié, leur solidarité et leurs compétences aussi malgré les critiques. » Puis soudain plus grave, à deux doigts de craquer, il évoque, la voix étranglée, une balade au Mont Eden en leur compagnie, « assez près du paradis, terminée par un rugby à toucher. »
Et avant même que les questions n'arrivent, le coach des Bleus embraye, l'ironie et l'émotion laissant la place à l'envie de remettre certaines choses dans leur contexte. Sans animosité, mais fermement. Les yeux dans les yeux. Il revient alors sur les épisodes qui ont jalonné l'aventure des Bleus lors de cette Coupe du Monde. Sur la responsabilisation des joueurs et la fameuse autogestion : « Je ne veux rien m'attribuer. J'ai vécu ça en tant que joueur en 1999, et je veux rendre ici grâce à Jean-Claude Skrela, et puis en 2000 au Stade Français. Plutôt que de l'autogestion, ce sont juste quinze hommes en colère qui prennent leurs responsabilités avec l'appui du staff. C'est aussi cela qui s'est passé cette année. »
Respect et affection
Sur l'épisode des sales gosses : « C'est comme ça que mes frères, ma sœur et moi-même appellons nos enfants respectifs ! C'est affectueux même si mon timing n'était pas idéal, mais j'assume ça comme j'ai toujours tout assumé. J'ai toujours eu du respect et de l'affection pour mes joueurs, j'espère que ce groupe gardera un minimum de considération pour moi. »
Et puis, parce que Marc Lièvremont reste, jusqu'au bout, un homme entier à qui toute langue de bois reste étrangère, il remercie alors… TF1 : « Je sais que cette chaîne a une réputation de chaîne populiste mais ce que je sais surtout, c'est qu'elle a été le seul soutien de l'équipe de France, depuis quatre mois. J'ai pu noter la différence avec notre partenaire habituel, la “chaîne du rugby”. » France Télévisions appréciera. Ou pas, mais cela n'est plus son problème : « Pour moi c'est terminé, même si mon contrat court encore sur quelques mois. Pierre Camou m'a proposé d'intégrer la Fédération sur un poste qui reste à définir. Mais j'ai eu suffisamment de choses à faire ces derniers temps, je ne me suis pas projeté. » Ces quatre ans, parfois chaotiques à la tête de l'équipe de France, il ne les a jamais considérés comme « un aboutissement, plutôt comme une parenthèse. Une jolie parenthèse. Mais il est temps de passer à autre chose. »
« Rien à transmettre »
Car, on le sait, il l'a dit, il n'a jamais eu vocation à exister à travers le XV de France. Pourtant, à la fin de cette Coupe du Monde, se pose la question de “l'héritage Lièvremont” et de la transmission avec son successeur. Là aussi, la réponse est claire : « Je n'ai rien à transmettre du tout ! Il y a des décideurs, des dirigeants, j'ose espérer, en idéaliste que je suis, qu'ils sauront s'entendre pour que le rugby français, en équipe nationale comme en clubs, soit plus fort. »
Restent les souvenirs. « Peut-être que les plus dramatiques finiront par être les meilleurs, reprend-il. A aucun moment je n'ai regretté d'avoir accepté ce poste. Et comme la mémoire est sélective, avec le temps, on ne gardera que le meilleur. » Une finale de Coupe du Monde, « ce qui a failli être un très gros exploit du rugby français, le plus gros certainement, compte tenu du contexte. Mais on n'est pas champions du monde. »
Point final.
RNS okm/bd











